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Guadeloupe
Un pain né de la nécessité, frit dans l'huile chaude d'un champ de canne, devenu le sandwich de rue le plus populaire de la Guadeloupe.
Plat traditionnel de Guadeloupe.
C'est sur les habitations sucrières de Guadeloupe, autour de Beauport, que naît le bokit au milieu du XIXe siècle, après l'abolition de l'esclavage. Les ouvriers étaient alors payés tous les quinze jours, et lorsque l'argent venait à manquer entre deux payes, le pain qu'on ne pouvait plus acheter chez le boulanger était remplacé par une pâte faite de farine, d'eau, de sel et de saindoux — sans levure à l'époque —, frite dans une casserole d'huile chaude. La vapeur qui s'en échappait lui valut longtemps le nom de « pain chaudière ».
Ce pain frit n'est pas né isolé : il s'inscrit dans une filiation caribéenne plus large, celle du « johnny cake », une galette de maïs que les Amérindiens Shawnee cuisaient sur des pierres chaudes avant que les colons de Nouvelle-Angleterre ne l'adaptent avec de la farine de blé. La recette a voyagé d'île en île : devenue « djoncake » à la Dominique et à la Barbade, elle s'est transformée en « djonkit » puis « dannkit » sur les îles francophones, avant que la déformation créole n'aboutisse au nom « bokit » en Guadeloupe. Une autre piste, non tranchée par une source académique, rattache le mot à l'anglais bucket (seau), en référence aux récipients dans lesquels la pâte aurait été frite.
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Pendant plus d'un siècle, ce pain frit reste un aliment nourrissant mais simple, mangé tel quel. C'est dans les rues de Pointe-à-Pitre, vers les années 1960, qu'une cuisinière nommée Mathurine Parnas a l'idée qui change tout : couper le pain chaud en deux pour le garnir, comme un sandwich. Le geste paraît simple, mais il transforme le pain frit en objet de street food à part entière — un contenant chaud et personnalisable, que l'on mange debout, sans couverts ni assiette, formule idéale pour les marchés et les stands de rue.
Dans les décennies qui suivent, le bokit devient un symbole de la cuisine populaire guadeloupéenne : les petits stands fleurissent dans les marchés locaux et les fêtes de village, et le sandwich s'impose comme un plat qui traverse les générations et les classes sociales.
En 2024, le mot « bokit » entre simultanément dans l'édition 2025 du Petit Larousse et dans Le Robert, aux côtés d'autres mots nouveaux — une reconnaissance qui dit la place prise par ce sandwich de rue dans la conscience gastronomique française. Porté en métropole par la diaspora guadeloupéenne, le bokit y a surtout gagné en visibilité à la faveur du mouvement des food trucks des années 2010, avec des adresses comme New Soul Food Paris, quai de Valmy.
Aspect
Pain rond et gonflé, à la croûte dorée, qu'on fend en deux pour révéler une poche creuse destinée à recevoir la garniture.
Odeur
Parfum chaud de friture dès la sortie du bain d'huile.
Goût
Le pain lui-même est neutre et légèrement salé ; le goût vient de la garniture — morue, poulet boucané, jambon-fromage ou légumes selon les versions.
Texture
Croustillant en surface, alvéolé et moelleux à l'intérieur, avec une poche suffisamment creuse pour accueillir la garniture sans détremper la croûte.
chiquetaille ou morue effilochée, assaisonnée au piment végétarien et au citron vert.
poulet fumé au bois de campêche ou de goyavier, servi avec des crudités.
version la plus simple et la plus rapide à assembler, très populaire auprès des écoliers.
avocat, chayotte, fromage fondu ou aubergines grillées pour une version végétarienne.
Diviser la pâte en disques réguliers, prêts à être plongés dans le bain de friture.
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Le bokit se mange chaud, sur le pouce, dans les marchés et les rues animées de Pointe-à-Pitre comme dans les stands des Saintes ou de Marie-Galante. Il se garnit selon le goût de chacun — morue à la sauce chien, poulet boucané et crudités, jambon-fromage pour les plus pressés, ou une version végétarienne à l'avocat et au fromage fondu.
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