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Champagne-Ardenne
Minuscule grain rosé caché sous les craies de Champagne, le lentillon fut la « lentille à la reine » avant de disparaître des champs puis de renaître, trois sacs retrouvés dans un grenier, pour viser aujourd'hui l'indication géographique protégée.
Légumineuse de Champagne-Ardenne.
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Le lentillon est cultivé en Champagne crayeuse depuis le XVIIIe siècle au moins, d'après les ouvrages agronomiques qui en parlent. Il y est d'abord connu sous le nom de « lentille à la reine », en référence à Marie Leszczyńska, épouse polonaise de Louis XV et grande amatrice de cette petite lentille : servi sur les meilleures tables, il figure alors dans les livres de cuisine de l'époque. C'est en 1770 qu'un ouvrage consacré au fourrage des animaux, le Traité des bêtes à laines, rattache pour la première fois la culture du lentillon directement à la Champagne, notant que « la dragée de Champagne est bonne aux brebis pleines et nouvellement délivrées, le lentillon est excellent ». Dès cette époque, le grain est semé avec une plante tutrice — l'Abbé Rozier décrit en 1785, dans son Cours complet d'Agriculture, l'usage de semer ensemble lentilles et avoine ou orge, puis de les séparer à la récolte en les vannant. En 1904, l'ouvrage Les Plantes Potagères de Vilmorin-Andrieux loue encore ce petit grain, « très estimé et préféré de beaucoup à celui de la lentille large ».
Au XIXe siècle, le tri du mélange de graines récolté se fait au tacteur, un outil à marteaux dont le martèlement caractéristique — le « TAC-TAC » — rythmait les villages de la plaine crayeuse et est resté dans la mémoire des Champardennais. La culture du lentillon, très répandue à la fin de la Première Guerre mondiale, se poursuit jusqu'à la Seconde : deux coopératives, l'Union Champenoise des Producteurs à Châlons-en-Champagne et la Coopérative d'Approvisionnement de Vitry-le-François, s'organisent alors pour stocker, trier et commercialiser les lentillons. Leur activité sur ce grain cesse vers 1965, et la culture est abandonnée pendant plusieurs années.
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C'est à partir de trois sacs de graines retrouvés en 1972 à Courtisols, dans la Marne, que René Devalance, producteur et stockeur agréé, relance la production en 1983. La variété qui en est issue, le « lentillon rosé de Champagne », est inscrite au catalogue officiel français des espèces et variétés potagères en 1989 par la Ferme des Anglais, un établissement producteur de semences, qui la décrit alors comme présentant « la meilleure qualité culinaire connue actuellement ». En 2001, les producteurs se structurent en syndicat régional, aujourd'hui le Syndicat des producteurs de lentillons champenois, ouvert aux opérateurs de l'amont à l'aval de la filière ; une installation de stockage et de triage voit le jour à Coupéville, dans la Marne, en 2004, construite par onze producteurs. La dénomination « Lentillon champenois » est déposée à l'Institut national de la propriété industrielle en 2018, puis le syndicat envoie en 2022 un dossier de demande d'indication géographique protégée. Il obtient sa reconnaissance en tant qu'organisme de défense et de gestion le 3 octobre 2024, et le cahier des charges de l'IGP a été approuvé par le comité national compétent de l'INAO, en vue de la transmission à la Commission européenne d'une demande d'enregistrement toujours à l'instruction à ce jour. Aujourd'hui, le lentillon est cultivé sur environ 90 hectares par une vingtaine de producteurs, pour un volume annuel de 50 à 90 tonnes, écoulé pour l'essentiel sur les marchés local et national, avec une petite part à l'export vers la Belgique, l'Allemagne, l'Autriche et la Suède.
Aspect
Lentille de petite taille, à la forme bombée, de diamètre inférieur à 4 mm pour une épaisseur comprise entre 1,5 et 2,5 mm ; poids de mille grains très faible, entre 20 et 35 g ; amande de couleur orange saumonée à rosée, tégument marron, graine présentée dans son intégrité.
Odeur
Notes de foin et de châtaigne.
Goût
Doux et légèrement sucré.
Texture
Peau fine, texture fondante et peu farineuse ; bonne tenue à la cuisson, qui préserve l'intégrité de la peau.
réalisée lorsque les gousses sont desséchées et de couleur marron dominante, en juillet.
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Le lentillon champenois est particulièrement apprécié des restaurateurs de la région, qui l'associent volontiers à des produits nobles comme le foie gras, les noix de Saint-Jacques ou les langoustines rôties. Le chef étoilé Philippe Mille le propose dans ses menus gastronomiques du restaurant Les Crayères, à Reims, et au Royal Champagne de Champillon, le chef étoilé Jean-Denis Rieubland sert le cabillaud accompagné de lentillon.
Aucun signe officiel obtenu à ce jour. Le cahier des charges de l'IGP « Lentillon champenois » a été approuvé par le comité national compétent de l'INAO et une demande d'enregistrement a été déposée auprès de la Commission européenne (dossier PGI-FR-03364) : la reconnaissance européenne reste, à ce stade, en instruction.
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