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Sucre de l'île de La Réunion — illustration générée par IA Illustration générée par IA

La Réunion

Sucre de l'île de La Réunion

Des marins arabes qui y plantent de la canne au IXe siècle aux centrifugeuses de Bois-Rouge, treize cents ans séparent la première tige du dernier cristal — et la même île volcanique au milieu de l'océan Indien.

Épice ou condiment de La Réunion.

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L'Essentiel

Histoire & Origine

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Des marins arabes aux colons français

La canne à sucre serait arrivée sur l'île, alors inhabitée, dès le IXe siècle, apportée par des marins arabes ou austronésiens qui l'utilisaient pour produire de l'alcool. Elle n'est véritablement mise en culture qu'à partir des années 1660, quand les colons français s'y installent et commencent à la planter. Longtemps, elle ne sert qu'à produire de l'arack, cet alcool de canne, avant que la fabrication du sucre lui-même ne se développe réellement au XIXe siècle — après que l'indépendance d'Haïti (1804) a privé la France de son grand fournisseur, que le cyclone de la Grande Avalasse (1806) a ravagé les plantations de café et de giroflier, et que la France a perdu l'île Maurice voisine (1815). La première usine sucrière s'installe en 1785 ; en 1834, l'île en compte déjà 194, et la production atteint 75 000 tonnes de sucre en 1862.

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Le terroir d'une île volcanique

La Réunion doit sa canne à son relief même : des sols volcaniques jeunes, acides, mais fertiles et capables de retenir l'eau, portent la culture jusqu'à 900 mètres d'altitude. Le cycle de plantation de la canne, sur douze mois, s'accorde avec les deux saisons bien marquées de l'île — un été austral chaud et pluvieux, propice aux cyclones, et un hiver austral plus sec et plus frais, période de la récolte — et la plante, encore jeune pendant la saison cyclonique de janvier à mars, y résiste mieux que d'autres cultures. Les quelque deux cents microclimats de l'île permettent au centre de recherche eRcane de sélectionner des variétés adaptées à chaque terroir réunionnais, si bien que la culture ne nécessite aujourd'hui ni insecticide ni fongicide chimique — un atout que n'ont pas les cannes des pays tiers concurrents sur le marché européen.

Deux siècles d'innovations

Les industriels réunionnais ont très tôt cherché à moderniser l'extraction du sucre : dès 1843, 72 % des moulins fonctionnaient déjà à la vapeur, contre 87 % en 1860. Deux ingénieurs, Émile Hugot et Maxime Rivière, y ont laissé un héritage mondial — l'adaptation à la canne du procédé de diffusion mis au point pour la betterave, les premiers appareils à cuire continus et les premières centrifugeuses continues — tandis qu'un Réunionnais contemporain, François Langreney, a conçu la première cuite continue sans compartiment, toujours en service à la sucrerie de Bois-Rouge. Le centre de recherche de l'île, fondé en 1929 par le Syndicat des Fabricants de Sucre sous le nom de Station d'Essai et de Génétique de la Canne, devenu le CERF en 1974 puis eRcane en 2009, a fait de La Réunion un pilier de la recherche sucrière mondiale. La réforme foncière des années 1960, qui a divisé 32 000 hectares de grandes propriétés cannières en petites exploitations rétrocédées aux agriculteurs, a façonné le modèle familial qui perdure aujourd'hui — une exploitation cannière fait en moyenne 9,6 hectares en 2023, pour plus de deux mille planteurs. De cette histoire industrielle ne restent que deux usines, Bois-Rouge à Saint-André et Le Gol à Saint-Louis, détenues depuis 2010 par Tereos Océan Indien. La filière emploie aujourd'hui plus de 14 000 personnes et exporte plus de 90 % de sa production, l'essentiel vers l'Europe continentale, faisant de La Réunion le premier producteur européen de sucre de canne — mais une récolte historiquement basse en 2025 (environ 803 000 tonnes) a mis en lumière la fragilité d'une filière confrontée aux aléas climatiques et à la concurrence des pays tiers, avant une prévision de reprise à 1,3 million de tonnes pour la campagne 2026.

Un signe européen en gestation

Le 16 octobre 2025, le comité national des indications géographiques protégées, labels rouges et spécialités traditionnelles garanties de l'INAO a approuvé la demande de reconnaissance en IGP de la dénomination « Sucre de l'île de La Réunion ». L'État a ensuite homologué le cahier des charges par un arrêté publié au Journal officiel le 1er février 2026, avant la transmission du dossier à la Commission européenne, qui l'a enregistré dans son registre eAmbrosia au seul statut de demande. « C'est une étape clé franchie et décisive avant celle de l'examen européen », a indiqué Sylvie Lemaire, déléguée générale du Syndicat du Sucre de La Réunion, saluant « le fruit d'un travail partenarial engagé » de quatre années, associant toute la filière canne-sucre et les partenaires du territoire. Ce serait, vingt ans après l'Ananas Victoria de La Réunion et cinq ans après la Vanille de l'île de La Réunion, le troisième signe officiel de l'île.

Caractéristiques du produit

Description sensorielle

Aspect

Cristaux ou morceaux réguliers, classés selon leur couleur mesurée en unité internationale (ICUMSA) : du sucre blanc, le plus clair (45 UI au maximum), au sucre roux, le plus coloré (jusqu'à 8 000 UI), en passant par le sucre blond (500 à 1 400 UI).

Odeur

Parfum de canne et de mélasse, d'autant plus marqué que le sucre est roux et non raffiné.

Goût

Les sucres de spécialité, non raffinés, gardent tout l'arôme et la saveur de la canne ; le sucre blanc, raffiné localement, est consommé sans ce parfum, comme la majorité du sucre vendu en Europe.

Texture

Granulométrie homogène, du grain fin et sec au cristal plus large, selon le type de sucre et son taux d'humidité, inférieur à 0,25 % pour le sucre roux.

Mode de fabrication

01

Le défibrage

la canne, livrée au centre d'agréage où elle est pesée et identifiée par variété, est déchiquetée par un shredder, a… Lire la suite
la canne, livrée au centre d'agréage où elle est pesée et identifiée par variété, est déchiquetée par un shredder, appareil à marteaux rotatifs.
02

L'extraction

le jus brut, aussi appelé vesou, est extrait par pressages successifs dans une batterie de moulins.

03

La clarification

le vesou est chauffé et clarifié à la chaux, qui fait décanter ses impuretés ; les procédés de décoloration au soufre so… Lire la suite
le vesou est chauffé et clarifié à la chaux, qui fait décanter ses impuretés ; les procédés de décoloration au soufre sont interdits par le cahier des charges.
04

L'évaporation

le jus clarifié est concentré dans une station à plusieurs effets de vapeur, jusqu'à former un sirop dont la teneur … Lire la suite
le jus clarifié est concentré dans une station à plusieurs effets de vapeur, jusqu'à former un sirop dont la teneur en matière sèche dépasse 65 %.
05

La cristallisation et la centrifugation

le sirop est cuit sous vide en au moins trois phases successives, puis essoré dans des centrifugeuses qui séparent les c… Lire la suite
le sirop est cuit sous vide en au moins trois phases successives, puis essoré dans des centrifugeuses qui séparent les cristaux de sucre de la mélasse qui les enrobe encore.
06

Le criblage et le conditionnement

séchés, refroidis puis tamisés pour retirer les cristaux trop gros ou trop fins, les sucres sont livrés en vrac aux atel… Lire la suite
séchés, refroidis puis tamisés pour retirer les cristaux trop gros ou trop fins, les sucres sont livrés en vrac aux ateliers de stockage avant leur mise en sacs.

Dégustation & accords

Sucre de l'île de La Réunion — illustration générée par IA Illustration générée par IA

« Le sucre blanc est le sucre consommé majoritairement en Union européenne », à l'inverse de La Réunion qui privilégie son sucre roux de canne, explique Sylvie Le Maire, déléguée générale du Syndicat du Sucre de La Réunion. Ce sucre de spécialité, encore chargé de mélasse et vendu en sacs de 25 kilos sur un marché de niche qui ne représente que 30 % du marché européen du sucre spécial, est recherché par les pâtissiers pour les gâteaux et confitures où l'on veut sentir la canne plutôt que la simple douceur du sucre blanc. C'est aussi la matière première du rhum réunionnais — traditionnel, issu de la mélasse, ou agricole, distillé directement à partir du jus de canne frais — que l'on retrouve volontiers dans un rhum arrangé aux épices et aux fruits de l'île.

Labels & Certifications

À noter

Aucun signe officiel acquis à ce jour. Le comité national des indications géographiques protégées de l'INAO a approuvé la demande de reconnaissance en IGP « Sucre de l'île de La Réunion » le 16 octobre 2025 ; l'État a ensuite homologué le cahier des charges par un arrêté publié au Journal officiel le 1er février 2026, avant transmission du dossier à la Commission européenne. Le registre européen eAmbrosia enregistre ce dossier au seul statut de DEMANDE : la protection n'est pas encore accordée, la phase d'examen européen pouvant durer de six mois à deux ans. Le dossier est porté par l'Association pour la valorisation des sucres de l'île de La Réunion et le Syndicat du Sucre de La Réunion, au terme de quatre années de travail collectif de la filière canne-sucre.

Les acteurs du terroir

Aucun acteur n'est encore référencé pour ce produit.