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Baba au rhum — illustration générée par IA Illustration générée par IA

Lorraine

Baba au rhum

Stanislas Leszczynski, roi de Pologne en exil et duc de Lorraine, avait les dents fragiles et un kouglof trop sec. Son pâtissier eut l'idée de l'arroser de vin de Tokay. Il venait d'inventer le dessert le plus copieusement imbibé de l'histoire de France.

Pâtisserie ou spécialité boulangère de Lorraine.

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L'Essentiel

Histoire & Origine

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Stanislas, un roi édenté et gourmand

L'histoire du baba au rhum commence à Lunéville, en Lorraine, au début du XVIIIe siècle. Stanislas Leszczynski, roi de Pologne déchu et beau-père du roi de France Louis XV, reçoit en compensation le duché de Lorraine qu'il gouvernera de 1737 à 1766. Installé à la cour de Lunéville, il est réputé pour son appétit et sa gourmandise, mais ses dents abîmées lui rendent difficile la dégustation des gâteaux secs qu'il affectionne, notamment le kouglof alsacien et les pâtisseries polonaises de son enfance.

Le roi polonais était plus qu'un simple gourmand : c'était un véritable glouton. Il mangeait vite et il mangeait beaucoup, au point que sa silhouette rebondie devint légendaire — la statue équestre qui orne la place Stanislas à Nancy, d'ailleurs, l'a un peu "amincie" par rapport à la réalité historique. À la fin de sa vie (il mourra à 89 ans), la vieillesse compliquait encore son expérience gastronomique. Non seulement il voyait mal — ses valets, pour lui faire plaisir lors des parties de pêche dans la Vezouze, plongeaient discrètement dans la rivière pour accrocher quelques poissons à sa ligne et le faire croire qu'il était un grand pêcheur — mais il n'avait pratiquement plus de dents.

Son pâtissier attitré, Nicolas Stohrer, originaire d'Alsace (Wissembourg), trouve la solution : il arrose le gâteau de vin de Tokay, que le précédent duc de Lorraine lui faisait livrer chaque année dans un tonneau. Ce vin précieux était tellement réservé au roi qu'il était gardé dans une pièce retirée — la pièce des gardes suisses — d'où provient d'ailleurs l'expression française « boire en Suisse » (boire seul dans son coin), qui décrivait exactement les pratiques du vieux Stanislas. Le gâteau imbibé de ce nectar, moelleux et parfumé, séduit immédiatement le duc. Stanislas, féru de littérature, lui donne le nom de « baba » — en référence à Ali Baba, personnage des Mille et Une Nuits qu'il était en train de lire à cette époque — ou selon d'autres sources, du mot polonais babka désignant une brioche en forme de jupe plissée de grand-mère.

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De Lunéville à Paris : Nicolas Stohrer et le rhum

Quand la fille de Stanislas, Marie Leszczynska, épouse le roi Louis XV en 1725, Nicolas Stohrer la suit à Versailles comme pâtissier royal. Il ouvre ensuite sa propre pâtisserie rue Montorgueil à Paris en 1730 — la plus ancienne pâtisserie de Paris encore en activité aujourd'hui. C'est un descendant de Stohrer qui, au début du XIXe siècle, remplace le vin doux d'origine — devenu difficile à s'approvisionner — par du rhum des Antilles, alors abondant à Paris grâce au commerce colonial. Ce changement était stratégique : le rhum était beaucoup moins cher que le vin qu'il remplaçait, ce qui permit au baba de devenir accessible aux classes moyennes et bourgeoises. Le baba au rhum tel qu'on le connaît aujourd'hui est né.

Une origine lorraine souvent oubliée

Le baba au rhum est universellement connu, mais son origine lorraine est souvent méconnue. On l'associe davantage à Paris ou à Naples (où le babà est devenu un symbole de la pâtisserie napolitaine, imbibé de limoncello ou de rhum). Pourtant, c'est bien dans les cuisines du pâtissier de Stanislas Leszczynski que le geste fondateur a eu lieu. Nancy et la Lorraine revendiquent cette paternité avec fierté, et plusieurs pâtissiers nancéiens proposent des versions d'exception — notamment le baba au vin de Tokay qui évoque la recette originale de Stohrer.

Caractéristiques du produit

Les versions du baba

Baba au rhum classique

Brioche légère en forme de cylindre ou de champignon, imbibée à saturation d'un sirop au rhum ambré. La plus répandue, servie avec de la crème chantilly ou de la crème pâtissière.

Baba au Tokay (version originale)

Imbibé de vin de Tokay hongrois, comme dans la recette de Stohrer pour Stanislas. Moins sucré, plus complexe, avec une note oxydative et miellée unique. Proposé par quelques maisons de Nancy spécialisées.

Baba à la mirabelle

Spécialité lorraine contemporaine : le rhum est remplacé par de l'eau-de-vie de Mirabelle de Lorraine IGP. Accord terroir parfait, arôme floral et fruité caractéristique.

Description sensorielle

Aspect

Gâteau cylindrique ou en forme de couronne (savarin), couleur brun dorée, saturé de sirop brillant. La chantilly ou la crème forment un contraste blanc sur le brun ambré.

Odeur

Rhum puissant, note de brioche beurrée, vanille, légère caramel. Dans la version mirabelle, arôme fruité et floral.

Goût

Sucré et alcoolisé en attaque, fondant et juteux en bouche grâce au sirop. La brioche imbibée fond littéralement, libérant ses arômes au fil de la dégustation.

Texture

Extrêmement moelleuse, presque liquide par endroits, la mie saturée de sirop s'effondre doucement sous la cuillère.

Mode de fabrication

01

Préparation de la pâte à brioche

Farine, levure, œufs, beurre, sucre, sel. La pâte est pétrie longuement jusqu'à ce qu'elle soit lisse et élastiq… Lire la suite
Farine, levure, œufs, beurre, sucre, sel. La pâte est pétrie longuement jusqu'à ce qu'elle soit lisse et élastique, puis laissée à lever une première fois.
02

Façonnage et seconde pousse

La pâte est divisée et placée dans des moules cylindriques beurrés (moules à baba), laissée à lever une seconde fois jus… Lire la suite
La pâte est divisée et placée dans des moules cylindriques beurrés (moules à baba), laissée à lever une seconde fois jusqu'à ce qu'elle dépasse le bord du moule.
03

Cuisson

À four moyen (180°C), 20 à 25 minutes. Le baba doit être bien cuit à cœur, légèrement doré en surface — il doit être sec… Lire la suite
À four moyen (180°C), 20 à 25 minutes. Le baba doit être bien cuit à cœur, légèrement doré en surface — il doit être sec pour bien absorber le sirop ensuite.
04

Préparation du sirop

Eau, sucre, rhum ambré (ou vin de Tokay ou eau-de-vie de mirabelle). Le sirop est porté à ébullition puis refroidi légèr… Lire la suite
Eau, sucre, rhum ambré (ou vin de Tokay ou eau-de-vie de mirabelle). Le sirop est porté à ébullition puis refroidi légèrement avant l'imbibage.
05

Imbibage

Le baba encore tiède est immergé dans le sirop ou arrosé généreusement plusieurs fois, jusqu'à absorption complète. … Lire la suite
Le baba encore tiède est immergé dans le sirop ou arrosé généreusement plusieurs fois, jusqu'à absorption complète. Un bon baba doit être saturé : quand on presse légèrement, le sirop doit perler.

Dégustation & accords

Baba au rhum — illustration générée par IA Illustration générée par IA

L'art de savourer un baba :

  • Avec crème chantilly maison: L'accord classique et indémodable. La légèreté et la fraîcheur de la crème équilibrent la richesse du sirop imbibé.
  • Avec une crème pâtissière à la vanille: Version plus riche et plus gourmande, typique des grandes pâtisseries.
  • Le baba au Tokay avec un verre de Tokay Aszú: Pour les amateurs de l'accord original de Stanislas : le vin hongrois servi en miroir du sirop d'imbibage.
  • Le baba à la mirabelle: Idéalement accompagné d'un sorbet mirabelle pour un dessert 100 % lorrain.

Accords boissons :

  • Café expresso: le plus classique — l'amertume du café contre-balance le sucré du sirop.
  • Rhum ambré agricole: en digestif : pour prolonger les arômes du baba.
  • Crémant de Bourgogne: demi-sec : les bulles et la douceur créent un accord festif.

Labels & Certifications

À noter

Le baba au rhum n'est protégé par aucune appellation géographique, ni en France ni en Italie (où le babà napolitain est tout aussi célèbre). Son origine lorraine est historiquement documentée mais non protégée.

Les acteurs du terroir

Producteur Nancy

Maison des Sœurs Macarons

Artisan — Familiale

Producteur Paris

Pâtisserie Stohrer

Grande maison

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Producteur Nancy

Maison des Sœurs Macarons

Artisan — Familiale

La Maison des Sœurs Macarons se présente comme un « trésor nancéien » dont la recette du macaron est préservée depuis 1793. L'entreprise, artisanale et familiale, est labellisée Entreprise du Patrimoine Vivant (EPV) depuis 2012 — une distinction délivrée par l'État français aux savoir-faire rares et d'exception.

Elle propose le Macaron des Sœurs, la Bergamote de Nancy IGP et la Mirabelle de Lorraine, ainsi que des chocolats fabriqués artisanalement sur place et d'autres spécialités — madeleines, pâtes de fruit, pain d'épices —, élaborés notamment à partir d'amandes 100 % françaises. Ses produits sont également distribués à Paris (La Grande Épicerie, rive gauche et rive droite) et dans la région nancéienne via l'enseigne Les Fous de Terroirs.

Adresse21 Rue Gambetta, 54000 Nancy, France
Téléphone03 83 32 24 25
Site webmacaron-de-nancy.com
FacebookPage Facebook
Instagram@soeursmacarons.nancy
VisiteOui — Lun : 14h–19h ; Mar–Sam : 9h30–19h
Producteur Paris

Pâtisserie Stohrer

Grande maison

La maison se présente comme une pâtisserie parisienne installée depuis 1730. Elle revendique la paternité du baba au rhum, attribuée à Nicolas Stohrer, aux côtés d'autres classiques comme le puits d'amour, la religieuse à l'ancienne et la bouchée à la reine. Toutes les pâtisseries et plats salés sont annoncés comme préparés sur place, rue Montorgueil, de façon artisanale. Au-delà de sa boutique historique de la rue Montorgueil, la maison indique disposer d'un réseau de boutiques associant les pâtisseries Stohrer aux gourmandises de la maison À la Mère de Famille.

Autres produits

Adresse51 Rue Montorgueil, 75002 Paris, France
Téléphone01 42 33 38 20
Site webstohrer.fr
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Instagram@stohrer
VisiteOui — boutique ouverte tous les jours, 7h30-20h30