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Auvergne
« Mourjou, Châtaigneraie cantalienne » : le village cantalien qui a fait de son arbre à pain un art de vivre retrouvé.
Fruit d'Auvergne.
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La châtaigne constituait jadis, avec le seigle, l'une des bases de l'alimentation dans la Châtaigneraie cantalienne. Qualifiée de « pain du pauvre », elle a nourri des générations de familles paysannes et leurs animaux, les porcs notamment. À Mourjou, village qui comptait 1 200 habitants en 1890 — son maximum démographique —, on surnommait le châtaignier « l'arbre à pain » : un fruit qui se conserve bien, se consomme jusqu'en avril et permet d'éviter la famine. Pendant la guerre de 1914, des wagons entiers de châtaignes partaient du Cantal sur le front, pour les soldats. Les paysans en vendaient aussi dans les villes proches — Aurillac, Figeac, Decazeville —, sans en vivre vraiment : la consommation restait avant tout locale.
Au fil des décennies suivantes, la culture, la commercialisation et la production ont perdu de leur importance au profit d'une agriculture moderne et de l'élevage bovin. Atteintes par des maladies — le chancre, puis l'encre —, exploitées par l'industrie du tanin, victimes de l'exode rural, les châtaigneraies ont peu à peu dépéri. Le coup de grâce vient dans les années 1950, avec l'arrivée des voitures, des bulldozers et des tracteurs : l'agriculture et l'alimentation changent de modèle, et la châtaigne tombe en désuétude.
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Depuis quelques dizaines d'années, les « castanhaires » — littéralement les « châtaigneurs », ceux qui exploitent le châtaignier et ses fruits — ont redécouvert leur arbre symbole : ils plantent, greffent, taillent et entretiennent les châtaigniers, et remettent la châtaigne au goût du jour, en cuisine, en pâtisserie, en conserve et en boisson. Depuis 2017, un plan de relance porté par la Région Auvergne-Rhône-Alpes et la Communauté de communes de la Châtaigneraie cantalienne vise à planter 7 000 arbres en trois ans ; plus de la moitié de l'objectif est atteinte, avec 3 150 plantations et 570 arbres réhabilités, pour 101 600 € d'aides publiques. À Mourjou, une tradition locale veut qu'on offre un plant de châtaignier aux enfants nés dans l'année précédant la foire, pour qu'ils soient identifiés comme habitants de la Châtaigneraie.
C'est au cœur de ce renouveau que se tient, depuis 1990, la Foire de la Châtaigne de Mourjou, qui réunit chaque année plus de 80 exposants venus de toutes les régions castanéicoles françaises. La Confrérie du Pélou y tient son chapitre annuel : née en 1994, sœur jumelle de la Confrérie de la Châtaigne d'Ardèche, elle tire son nom du mot occitan « pélou », qui désigne la bogue de la châtaigne. Fin 2018, le territoire a rejoint le réseau national des « Sites Remarquables du Goût », sous l'intitulé « Mourjou, Châtaigneraie cantalienne ».
Aspect
Bogue hérissée de piquants, coque brun-roux lisse et brillante, fruit de forme ovoïde légèrement aplatie d'un côté
Odeur
Douce et boisée, avec des notes de châtaigne rôtie
Goût
Sucré délicat, évoquant la châtaigne et une pointe d'amande, moins prononcé que le marron
Texture
Ferme crue, fondante et crémeuse après cuisson
La Châtaigneraie cantalienne compte une vingtaine de variétés locales de châtaignes, dont les plus répandues sont la Jan Fau, la Savoia (Savoie), la Paqueta (Paquette), la Verdala (Verdale), la Tomiva (Toumive) et la Marona (la Marronne).
ramassée à la main dans les vergers, dès la chute des bogues en octobre et novembre
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On consomme la châtaigne de Mourjou grillée, bouillie (les « tétounadas »), séchée puis réhydratée (les « auriols »), en confiture, dans les charcuteries, en pâtisserie, en farine, en pâtes et en pain. Les liquoristes locaux en tirent des boissons devenues des spécialités de la Châtaigneraie : crème de châtaigne, crème myrtille-châtaigne (le Tonton), crème pomme-châtaigne (le Birlou), apéritif gentiane-châtaigne (le Volcan). La confiture et la crème de châtaigne accompagnent crêpes, tartines et fromages du terroir ; la farine entre dans des pâtes artisanales et dans des pains spéciaux à servir avec les fromages cantaliens. Installé à Marcolès, le chef étoilé Renaud Darmanin en a fait la signature de son restaurant, jusque dans un chou vert au sumac et patate douce à la vanille, relevé de copeaux de châtaignes et de marrons glacés. Recette traditionnelle de la foire : la fouace à la farine de châtaigne, une brioche en couronne dorée au jaune d'œuf.
Aucun signe officiel de qualité (AOP, AOC, IGP, STG ou Label Rouge) ne protège la Châtaigne de Mourjou. Le territoire a rejoint fin 2018 le réseau « Site Remarquable du Goût » (label créé en 1995 par les ministères de la Culture, du Tourisme, de l'Environnement et de l'Agriculture), sous l'intitulé « Mourjou, Châtaigneraie cantalienne » — une reconnaissance de filière touristique et patrimoniale, pas un signe de qualité de l'INAO.
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