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IGP — Label Rouge — Franche-Comté
Dans le secret des tuyés, là où la fumée de sapin monte lentement depuis des siècles, naît la Belle de Morteau — grosse, ferme, ambrée, sa cheville de bois nouée à une extrémité, et portant en elle l'âme entière du Haut-Doubs.
Charcuterie de Franche-Comté, IGP depuis 2010.
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La fabrication de la saucisse de Morteau remonte au moins au XVIe siècle, à l'époque où les paysans franc-comtois — les « Montagnons » du Haut-Doubs — défrichent les plateaux et forêts du massif jurassien pour y installer pâturages et fermes. En adéquation avec cet environnement de résineux et de riches pâtures, ils bâtissent des fermes massives dont le cœur est une immense hotte pyramidale en bois, haute de douze à quinze mètres : le tuyé. Cette cheminée géante ne sert pas qu'à chauffer et à cuisiner — elle est avant tout un fumoir naturel. Viandes, saucisses, jambons et fromages y sont suspendus, exposés à la fumée lente et froide des résineux.
Dans ce contexte de montagne isolée, la saucisse devient un produit de conservation essentiel. La recette se codifie peu à peu : un boyau naturel généreusement rempli de maigre et de gras de porc nourri au petit-lait des fromageries locales. À l'origine, la saucisse était fermée à ses deux extrémités par une cheville de bois d'épine ; aujourd'hui, le boyau est pincé, retourné et maintenu à une extrémité par une cheville de bois, et lié à l'autre par une ficelle de fibre naturelle — geste distinctif qui reste la signature visuelle de la Morteau et son signe de reconnaissance officiel. La saucisse est suspendue dans le tuyé, où elle fume lentement au-dessus d'un lit de sciure de résineux (sapin, épicéa) et de branches de genévrier.
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Longtemps fabriquée sans protection officielle, la Morteau voit ses artisans du Haut-Doubs obtenir dès 1977 un label régional — premier signe officiel de qualité garantissant l'origine et la fabrication traditionnelle. La lutte pour une reconnaissance européenne aboutit en 2010 avec l'obtention de l'IGP. Depuis 2006, les meilleurs producteurs peuvent également viser le Label Rouge, réservé aux saucisses fabriquées exclusivement à partir de viande de porc Label Rouge, sans autre épice que le sel et le poivre — une saucisse « nature » fumée au moins 48 heures dans un tuyé traditionnel, produite par seulement 8 salaisonniers, tous basés dans le Haut-Doubs.
La saucisse de Morteau se distingue d'emblée dans un plateau de charcuteries : grosse (diamètre minimum de 3,4 cm pour les pièces de moins de 150 g, 4 cm au-delà), légèrement courbée, sa peau est d'un beau brun ambré uniforme conféré par la fumée. Sa cheville de bois, fichée à l'une de ses extrémités, est son certificat d'identité. La chair, densément tassée et grossièrement hachée, est de couleur rosée à rouge sombre selon la durée de fumage. Elle se distingue nettement de la saucisse de Montbéliard — plus fine, plus courte, et de fumaison plus rapide — par son caractère plus affirmé et sa texture plus compacte.
Aspect
Saucisse cylindrique épaisse, peau ambrée entre le brun et le doré, une cheville de bois à l'une des extrémités.
Odeur
Fumée de résineux nettement présente sur le produit cru, notes de sapin et genévrier.
Goût
Fumé équilibré et persistant en bouche sans être acide ni âcre, goût de viande affirmé (gros hachage), sel et poivre.
Texture
Ferme à cru, moelleuse et souple à la cuisson, bouche juteuse.
IGP classique — la base : fumaison minimum 6h en fumoir conventionnel (jusqu'à 48h en thué ou fumoir traditionnel), boyau naturel, cheville de bois à une extrémité. Produite par les 29 salaisonniers de la zone IGP (Doubs, Jura, Haute-Saône, Territoire de Belfort).
IGP Label Rouge — le sommet : porc Label Rouge exclusivement, recette nature (sel + poivre uniquement), fumaison en tuyé traditionnel d'au moins 48h, 8 producteurs habilités, tous dans le Haut-Doubs.
Jésus de Morteau — la grande version : même recette, boyau bien plus large (diamètre minimum 6,5 cm), fumaison plus longue encore du fait de son fort calibre. Réservé aux fêtes et aux grandes tablées, traditionnellement pour Noël.
Étape facultative précédant le fumage, à température ambiante maximum 30-40°C, pour amorcer le séchage.
Après fumage, la saucisse est affinée quelques jours pour homogénéiser les arômes avant commercialisation.
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La cuisson de référence est la cuisson à l'eau frémissante : plonger la Morteau froide dans de l'eau non salée, porter à frémissement (jamais à ébullition vive) et cuire sans piquer — percer le boyau ferait s'échapper les jus et la saveur. Elle se déguste aussi chaude ou froide, au four entourée de pommes de terre et d'oignons, ou posée sur un lit de lentilles en cocotte. Les accords traditionnels sont immuables : lentilles, pommes de terre, salade verte, choucroute franc-comtoise, ou encore la cancoillotte, autre spécialité comtoise qui l'accompagne agréablement. Côté vins, un vin blanc de la région répond bien au Jésus de Morteau ; les amateurs y ajoutent volontiers un Vin Jaune du Jura, dont le caractère oxydatif et les notes de noix répondent aux fumées de résineux.
Depuis : 2010
Zone couverte : Doubs (25), Jura (39), Haute-Saône (70), Territoire de Belfort (90)
Exigences clés : Boyau naturel, cheville de bois à une extrémité, fumaison min. 6h en fumoir conventionnel au bois de résineux, porc élevé en Franche-Comté
Depuis : 2006
Zone couverte : Haut-Doubs uniquement
Exigences clés : Porc Label Rouge, recette nature (sel + poivre uniquement), fumaison min. 48h en tuyé traditionnel, 8 producteurs habilités
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